Deutéronome 29:9-30:20

Dans la paracha de cette semaine, la Torah nous dit : “ Car ce commandement que je vous prescris aujourd'hui n'est ni caché ni lointain pour vous. Il ne vous appartient pas de dire, dans les cieux : “Qui peut monter pour nous au ciel, nous le transmettre et nous le faire entendre afin que nous l'accomplissions ?‘ Il ne vous appartient pas non plus de dire, au-delà des mers : ’Qui peut traverser pour nous, nous le transmettre et nous le faire entendre afin que nous l'accomplissions ?‘ ”1

Il existe une importante controverse quant à la signification du mot ‘ mitzvah ’ : Rachi explique qu’il fait allusion à la Torah dans son ensemble. Cependant, le Ramban et le Seforno expliquent qu’il désigne la mitsva de teshuva (repentance). Le Netsiv2 Il reconnaît que la Torah fait référence à la techouva, mais il comprend, d'après sa lecture des versets, que la Torah fait référence à la techouva m'ahavah en particulier – le repentir par amour – une forme de techouva bien plus élevée que… teshuva m'yirah – le repentir par peur. D’après cette interprétation, la Torah enseigne que le repentir par amour est facilement accessible.

Cela soulève une question évidente : se repentir de l’amour semble très difficile. Comment la Torah peut-elle alors suggérer qu’il est si facile de s’en repentir ? Une autre question se pose : aimer quelqu’un, c’est apprendre à le connaître. Quand on aime quelqu’un, c’est parce qu’on sait qui il est vraiment. On s’apprécie et on se comprend au point de développer un lien fort. Le problème, c’est que comprendre Dieu véritablement dépasse nos capacités. Alors, comment pouvons-nous l’aimer et comment pouvons-nous revenir à lui par amour ? Et encore une fois, pourquoi est-ce si facile ?

Le Netziv répond en se référant à l'idée kabbalistique selon laquelle Israël et le Saint, béni soit-Il, ne font qu'un. Cela signifie qu'un Juif et Dieu sont intrinsèquement liés, même sans connaissance mutuelle. L'exemple le plus parlant est celui d'un parent et de son enfant : un parent peut aimer son enfant sans le connaître ni l'avoir jamais vu. Dès leur première rencontre, ils seront immédiatement attirés l'un par l'autre, au moindre échange. Ce lien naturel entre parent et enfant comble toute distance.

Le rabbin Yissachar Frand raconte une histoire dramatique dans ce genre :

Il y avait une femme adoptée en Californie, âgée de 49 ans, dont les parents adoptifs lui avaient affirmé qu'elle était originaire d'Israël. Cette femme avait toujours remarqué qu'elle avait une apparence différente de celle de ses parents biologiques. Il était évident qu'ils n'étaient pas ses parents biologiques. Elle entreprit alors des recherches sur ses origines. À peu près au même moment, un journaliste israélien menait une enquête sur un scandale impliquant des Juifs marocains arrivés en Israël au début des années 1950.

De nombreuses mères marocaines, ne maîtrisant pas la langue et sans aucun lien avec le pays, ont appris que leurs enfants étaient décédés en couches. En réalité, ces enfants avaient été volés et vendus pour adoption, en Israël et à l'étranger. Une Californienne s'est rendue en Israël et a rencontré un journaliste d'investigation. Ensemble, ils ont découvert des documents et sont retournés à l'hôpital où elle était née. En résumé, des tests ADN ont permis à cette femme de retrouver sa mère marocaine, à qui l'on avait fait croire que son enfant était mort peu après sa naissance, 49 ans plus tôt.

Comme l'explique le rabbin Frand, il s'agissait de deux femmes issues de cultures totalement différentes. Elles n'avaient eu aucun contact pendant près de cinquante ans, soit presque toute la vie de la fille. Lorsqu'elles se rencontrèrent pour la première fois, elles se jetèrent dans les bras l'une de l'autre, s'embrassèrent et pleurèrent à chaudes larmes. La mère ne connaissait pas la fille, et la fille ne connaissait pas sa mère. Elles ne parlaient pas la même langue et ne pouvaient communiquer que par leurs larmes, leurs baisers et leurs étreintes. Pourquoi ont-elles réagi ainsi ? Parce qu'il s'agissait d'une mère et de sa fille.

Voilà ce que dit le Netsiv : un père et son fils, même s'ils ne se sont jamais rencontrés, sont néanmoins, lorsqu'ils se rencontrent, attirés l'un par l'autre après la moindre présentation, car il est dans la nature qu'ils soient liés.

Le Netsiv aborde également la manière dont chaque Juif se connecte à Dieu, notamment par le biais de la Torah. Il semble que, de même qu'il existe un lien intrinsèque entre un Juif et Dieu, il en va de même entre un Juif et la Torah, qui est la voie d'accès à Dieu. Ceci est confirmé par la parole des Sages qui enseigne qu'un fœtus, dans le ventre de sa mère, reçoit l'enseignement complet de la Torah, et qu'avant sa naissance, un ange le frappe au-dessus du nez, lui faisant ainsi oublier la Torah. Cependant, la Torah ne quitte pas l'individu ; elle s'ancre profondément en lui. Son devoir dans la vie est d'étudier la Torah par un travail assidu, mais il conserve une connexion naturelle avec la Torah qu'il étudie, car elle est profondément ancrée en son âme. Rabbi Noach Weinberg expliquait, en s'appuyant sur ce passage du Talmud, que chaque Juif connaît au fond de lui la vérité de la Torah. Ainsi, lorsqu'il entend cette vérité, il s'y connecte intrinsèquement, même si les valeurs avec lesquelles il a été élevé contredisent totalement la Torah qu'il entend alors.

Ainsi, nous constatons que la techouva et l'étude de la Torah sont toutes deux facilement accessibles grâce au lien intrinsèque qui unit chaque Juif à Dieu et à Sa Torah. En cette période de l'année, notre rôle est de nous reconnecter à ce lien naturel, ce qui peut impliquer de nous débarrasser des impuretés spirituelles qui l'entravent, sans toutefois le rompre totalement. Puissions-nous tous mériter de revenir à Dieu et à Sa Torah.

Par le rabbin Yehonasan Gefen

NOTES

  1. Deutéronome 30:11-13.
  2. Emek Dvar, Ibid. Cité par Rav Yissachar Frand, shlit'a.

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