Bo (Exode 10:1-13:16 )

L'un des aspects les plus marquants des Dix Plaies fut le refus obstiné du Pharaon de reconnaître ses erreurs et d'admettre la toute-puissance du Dieu des Juifs. Miracle après miracle, il ne parvint pas à le convaincre de la véracité des affirmations de Moïse, qui se disait messager de Dieu et non un simple sorcier.

Lors des cinq premières plaies, Pharaon refusa de libérer les Juifs, tout en conservant la pleine maîtrise de son libre arbitre. Lors des cinq suivantes, il les aurait laissés quitter l'Égypte si Dieu n'avait pas endurci son cœur. Le Seforno explique cependant que cela ne signifie pas que les plaies aient amené Pharaon à se repentir de la grandeur divine. Au contraire, son incapacité à supporter davantage de plaies l'aurait incité à permettre aux Juifs de partir. Ainsi, l'endurcissement du cœur de Dieu lui donna la force de surmonter sa peur naturelle et de prendre une décision éclairée, en toute liberté, de continuer à refuser les demandes de Moïse. (1)

L’obstination apparemment surhumaine du Pharaon suscita une grande stupéfaction chez Rav Aaron Bakst, Rosh Yeshiva de Lomza. Il avait coutume de donner un cours chez lui tous les vendredis soirs après le repas. Un jour, ses élèves entrèrent et furent surpris de le voir faire les cent pas dans sa chambre, murmurant : “ À quoi pensait le Pharaon lorsqu’il voyait ces grands miracles sous ses yeux ? ” Soudain, il s’arrêta, se tourna vers eux et expliqua : “ Il ne pensait absolument pas ! Seule l’absence de réflexion permet d’ignorer de tels miracles sans se laisser influencer le moins du monde ! ” (2)

Cette explication du comportement illogique du pharaon éclaire d'un jour nouveau les raisons pour lesquelles les gens peinent à changer face à des événements marquants. Ils peuvent même reconnaître la survenue de miracles, mais ils n'envisagent pas leurs conséquences.

Un exemple en est la réaction du public face aux miracles manifestes de la guerre du Golfe, où 39 missiles Scud n'ont tué qu'une seule personne (3). Nombreux furent ceux qui reconnurent que la nation avait clairement constaté l'action de Dieu. Pourtant, ils n'ont pas nécessairement agi en conséquence de cette nouvelle prise de conscience de la Providence divine. On peut se demander : à quoi pensaient ces gens ? Ils avaient manifestement vu la main de Dieu protéger le peuple juif et pourtant, ils n'ont pas changé. La réponse se trouve dans l'explication du Rav Bakst : ils n'ont pas réfléchi. Si chacun avait sincèrement médité sur ces événements remarquables, il aurait certainement changé d'une manière ou d'une autre.

Un autre exemple frappant de ce phénomène nous est rapporté par Rav Dovid Kaplan. Rav Yechzekel Levensteil voyageait en taxi avec un chauffeur non pratiquant. Ce dernier se tourna vers Rav Yechzekel et lui raconta l'histoire remarquable suivante : quelques années auparavant, il voyageait dans la jungle africaine avec des amis. Soudain, un serpent attaqua l'un d'eux, l'enroulant de son corps et l'étouffant. Après avoir tout tenté pour le sauver, ils comprirent qu'il n'y avait plus d'espoir et lui conseillèrent de réciter le Shema avant de mourir. Il le récita aussitôt et le serpent se déroula et s'en alla. Cet homme fut profondément marqué par cet événement et se reconvertit peu à peu au judaïsme, devenant un Juif pratiquant. Touché par la transformation radicale qu'avait pu engendrer cet événement, Rav Levensteil se tourna vers le chauffeur et lui demanda pourquoi il n'avait pas changé lui-même suite à ce miracle. Le chauffeur répondit : “ Oh non, ce n'est pas moi qui en ai bénéficié, c'est lui. ” (4)

Le conducteur a été témoin d'un événement potentiellement bouleversant, mais n'a pas changé. Pourquoi ? Parce qu'il n'a pas réfléchi ; il n'a pas laissé les conséquences évidentes de ce miracle l'amener à s'interroger sur le sens de sa vie. Il est également instructif de noter que son ami, la victime du miracle, a, lui, changé. Parfois, un événement peut être si marquant qu'il est impossible de ne pas y penser et de ne pas le laisser influencer sa vie. Cependant, bien souvent, nous ne sommes pas nous-mêmes les témoins du miracle et, par conséquent, il nous faut un effort conscient bien plus important pour nous forcer à réfléchir aux répercussions des événements dont nous sommes témoins ou dont nous entendons parler.

La première étape du changement face au monde qui nous entoure consiste à tirer les leçons du Pharaon et à réfléchir – à laisser les événements qui se produisent dans le monde et dans notre vie privée nous amener à méditer sur notre existence et à opérer les changements nécessaires. Puissions-nous tous mériter de réfléchir à ce qui se passe autour de nous.

Par le rabbin Yehonasan Gefen

Notes

1. Seforno, Va'eira, 9:12, 35 ; Bo, 10:1.
2. Cité dans ‘'Mishluchan Gavoa',’ Parachas Bo, p.70.
3. Au cours de cette même guerre, un seul missile Scud tiré en Arabie saoudite a réussi à tuer des dizaines de personnes.
4. Kaplan, Impact, p.85.


PORTION HEBDOMADAIRE DE LA TORAH,

La lumière qui guide

par Rabbin Yehonasan Gefen

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