Ki Tavo (Deutéronome 26:1-29:8 )
Lorsque le peuple juif entra en Terre promise, il devait se rassembler sur deux montagnes pour une nouvelle réception de la Torah. Or, l'ordre de le faire se trouve déjà dans la paracha de cette semaine. Les douze commandements devaient être énumérés, et le peuple devait reconnaître publiquement que des bénédictions attendaient ceux qui les observaient et que des malédictions s'abattraient sur ceux qui les rejetaient. Chaque commandement, à l'exception du dernier, décrit un acte précis. Il stipule : “ Maudit soit celui qui n'observe pas les paroles de cette Torah, qui ne les met pas en pratique ! Et tout le peuple dira : Amen ! ‘ (1)
Les commentateurs s'interrogent : que signifie ce commandement apparemment vague ? Le Ramban cite un passage du Talmud de Jérusalem qui répond à cette question : “ Rav Assi dit, au nom de Rabbi Tanchum Bar Chiya : celui qui a étudié, enseigné, préservé et mis en pratique la Torah, mais qui avait le pouvoir de la renforcer et ne l'a pas fait, est considéré comme maudit… Même celui qui a agi avec une droiture absolue, mais qui n'a pas renforcé la Torah face à ceux qui ne la respectent pas, est considéré comme maudit. (2) ‘
Le Chofetz Haïm a écrit un livre entier, ‘ Chomas Hadas ’, consacré à exhorter les gens à redoubler d'efforts pour renforcer la Torah face à l'éloignement croissant de celle-ci qui menaçait l'avenir même de son observance. Dans son introduction, ‘ Chizuk Hadas ’, il énumère quatre manières distinctes dont chaque Juif est tenu, par la Torah, de s'efforcer d'accroître l'observance parmi ses coreligionnaires (3). La quatrième s'appuie sur le Talmud de Jérusalem ; le Chofetz Haïm affirme avec force que cette obligation s'applique à tout Juif ayant le pouvoir d'influencer autrui. Celui qui agit ainsi recevra les bénédictions prononcées sur le mont Garizim ; dans le cas contraire, il subira les malédictions du mont Eival. Il souligne la portée de cette idée : les Lévites se tournèrent vers six cent mille personnes rassemblées sur les deux montagnes et bénirent le peuple qui observerait ces commandements ; tous les présents répondirent ‘ Amen ’. Par conséquent, quiconque s'efforce de respecter la Torah est béni par les prêtres, les Lévites et six cent mille personnes, selon l'accord de Dieu.
Le rabbin Yitzchak Berkovits souligne qu'en examinant d'autres péchés énumérés dans les malédictions, on comprend mieux la gravité du manquement à la Torah. Parmi ces malédictions figurent : la fabrication d'une idole, le déshonneur infligé à ses parents, l'immoralité grave et les violences conjugales. On pourrait être tenté de penser que le manquement à la Torah n'est pas un péché si terrible, mais il apparaît clairement que celui qui y manque est placé au même rang que celui qui commet des péchés aussi graves que ceux mentionnés dans les malédictions du mont Eival. L'inverse est également vrai : celui qui s'efforce d'inciter autrui à une observance plus rigoureuse est grandement loué par la Torah.
Le Talmud de Jérusalem cite, dans les Livres des Prophètes, l'exemple d'une personne qui incarnait le désir d'accomplir le commandement de ce verset. Le roi Josias fut élevé dans une génération qui ignorait tout de la Torah, au point de n'en avoir jamais vu un rouleau. Alors qu'il était encore enfant, un prêtre, Chilkiah, découvrit un rouleau de la Torah dans la cour du Temple. Il était déroulé au verset : “ Maudit soit celui qui ne garde pas les paroles de cette Torah ! ” À ces mots, Josias déchira ses vêtements et s'écria :“alei lehakim,” ‘, ce qui signifie ’ c’est ma responsabilité de défendre la Torah ». (4) Il s’y employa et réintroduisit avec succès l’étude et l’observance de la Torah auprès du peuple délaissé.
Le Netsiv examine les actions de Josias dans le contexte de son époque. Un grand nombre de personnes abandonnaient déjà la Torah pour d'autres idéologies, et il semble y avoir eu des divergences d'opinions quant à la réaction que devaient adopter les Juifs fidèles à la Torah. Certains pensaient que la meilleure solution était de se retirer du monde et de se concentrer sur son propre service divin. Le Netsiv a écrit une responsa dans laquelle il s'opposait fermement à cette approche. Il estimait que ce n'était pas le moment de se concentrer sur sa propre spiritualité alors que le reste du monde était spirituellement détruit (5). L'un des arguments qu'il avance pour étayer son point de vue est l'histoire de Josias. Le Prophète rapporte qu'après avoir trouvé le rouleau de la Torah, Josias dit aux prêtres et aux Lévites : “ … maintenant, allez servir l'Éternel, votre Dieu, et son peuple, Israël. ’ (6) En quoi voulait-il qu'ils servent Hachem et son peuple ? Le Netsiv explique que, jusqu'alors, seuls les prêtres et les Lévites avaient maintenu leur niveau spirituel et qu'ils s'étaient repliés sur eux-mêmes pour éviter les dangers qui les entouraient. Ils s'étaient consacrés à leur propre développement spirituel et à leur relation avec Dieu, mais avaient négligé le reste du peuple. Josias les exhorta alors à changer de comportement et à diffuser la Torah à ceux qui s'en étaient éloignés. Il affirma qu'en servant le peuple et en le rapprochant de la Torah, ils serviraient simultanément Dieu, car tel était son désir à ce moment-là.
Le Netsiv soutient que, tout comme à l'époque de Josias il était crucial pour les Juifs pratiquants de respecter la Torah, il en était de même à son époque, où de nombreux Juifs abandonnaient la Torah. Si l'on peut comparer l'époque du Netsiv à celle de Josias, cela l'est d'autant plus aujourd'hui. Jamais autant de Juifs n'ont été aussi éloignés de toute forme de pratique de la Torah. Une enquête menée en 1990 sur la pratique religieuse aux États-Unis a révélé certains de ses résultats (7) : en 1950, le taux de mariages mixtes aux États-Unis était de 61 pour 3 000 ; en 1990, il atteignait 52 pour 3 000 et continuait d'augmenter. Deux millions de Juifs ne se considèrent pas comme juifs. Deux millions de Juifs se déclarant juifs n'ont aucun lien avec le judaïsme. Pour chaque mariage entre deux Juifs, deux mariages mixtes ont lieu. 625 000 Juifs américains pratiquent aujourd'hui d'autres religions. 11% des Juifs américains fréquentent la synagogue. Il va sans dire que la situation est bien pire aujourd'hui qu'en 1990. Durant le mois d'Eloul, nous nous efforçons tous d'évaluer notre observance des mitsvot. La paracha de cette semaine nous enseigne qu'un aspect essentiel de cette introspection est que chacun doit se demander : ‘ Est-ce que j'en fais assez pour respecter la Torah ? ’
Le Chofetz Chaim a démontré à maintes reprises, dans sa propre vie, sa crainte d'être jugé pour ne pas en avoir fait assez pour renforcer l'observance de la Torah. À une occasion, lors d'un séjour de trois semaines à Riga, il a convaincu 300 commerçants de fermer leurs boutiques le jour du culte. Shabbat.(8) Une autre fois, apprenant de soldats juifs qu'ils avaient mangé du pain pendant Pessa'h, il entreprit aussitôt d'écrire un livre, Machane Yisroel, destiné aux soldats juifs, qui connut rapidement un grand succès. Il fonda un fonds pour une cuisine casher et collecta des fonds pour celui-ci, et il s'efforça personnellement d'entrer en contact avec les soldats afin de les influencer. Un groupe de soldats traversait chaque été sa ville natale de Radin. Le Chofetz Chaim les invitait à un banquet chez lui, les recevait avec une affection paternelle et leur adressait un discours pour les encourager à observer la Torah. (9)
Le Chofetz Chaim a constamment souligné qu'il existe de nombreuses manières de s'efforcer de respecter la Torah, que ce soit en donnant des conférences devant un large public, en créant des lieux d'étude ou en se liant d'amitié avec ceux qui sont éloignés de la Torah. Chacun possède des dons uniques pour aider les autres à se rapprocher de la Torah. Actuellement, des organisations offrent de nombreuses possibilités pour s'impliquer davantage dans la diffusion de la Torah, même à temps partiel. Elles proposent des formations à la diffusion de la Torah, des occasions d'étudier individuellement avec un partenaire laïque et bien d'autres options. À l'approche des Fêtes de Tichri, puissions-nous tous apprendre de Josias et affirmer avoir sincèrement cherché à respecter la Torah.
Par le rabbin Yehonasan Gefen
1. Ki Savo, 27:26.
2. Yerushalmi, Sotah, 7:4.
3. Chizuk Hadas, 4ème madame, p. 18-20.
4. Midrash HaGadol, Deutéronome, 27:26.
5. Shut Meishiv Davar, 1er Chelek, Simun 45. Dans cette techouva, il fait également l'éloge de l'essai du Chasam Sofer, ‘ Pisuchay Chosam ’ dans le livre de Chasam Sofer. hakdama à Yoreh Deah, dans lequel il soutient fermement qu'il y a des moments où une personne devrait réduire sa propre croissance personnelle pour aider ceux qui sont spirituellement démunis.
6. Divrei Hayamim II, 35:3.
7. Tiré de l'Enquête nationale sur la population juive.
8. Ibid., p.200.
9. Ibid., p.199.
PORTION HEBDOMADAIRE DE LA TORAH,
La lumière qui guide
par Rabbin Yehonasan Gefen
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