Vayetsei (Genèse 28 :10-32 :3)

Genèse 29:10“ Lorsque Jacob vit Rachel, fille de Laban, le frère de sa mère, et le troupeau de Laban, le frère de sa mère, Jacob s'avança, roula la pierre qui fermait le puits et abreuva les brebis de Laban, le frère de sa mère. ”
Rachi, 29:10Dh : Et Yaakov s'avança et roula : “ Comme un homme qui enlève le bouchon d'une bouteille, [cela montre] qu'il avait une grande force. ”

À l'arrivée de Jacob à Paddan-Aram, la Torah relate l'épisode où il rencontre des bergers rassemblés autour d'un puits où abreuvent leurs troupeaux. Un gros rocher, si lourd qu'il était impossible de le déplacer sans l'aide de tous les bergers, réunis pour le retirer et le remettre en place. Voyant sa cousine Rachel s'approcher, Jacob retire rapidement le rocher du puits et donne à boire aux brebis qu'elle garde. Rachi souligne que Jacob a retiré le rocher aussi facilement qu'on débouche une bouteille, preuve de sa force.

Plusieurs questions se posent à la simple lecture de cet épisode : premièrement, pourquoi la Torah s’attarde-t-elle autant sur la force physique de Jacob alors que celle-ci n’est pas un critère de vertu ? Deuxièmement, ce récit semble contredire un passage du Talmud. Le Talmud relate comment Reish Lakish, bandit d’une force prodigieuse, perdit aussitôt sa force après s’être repenti, ayant accepté le joug de la Torah.1 Cela indique que l'engagement profond dans l'étude de la Torah, nécessaire pour accepter le joug de celle-ci, entraîne une faiblesse physique. Or, nous savons que Jacob venait de terminer quatorze années d'étude ininterrompue, sans même dormir, et bien qu'il eût assurément accepté le joug de la Torah, il possédait néanmoins une force surhumaine.

La clé pour répondre à ces questions se trouve dans l'une des prières que nous récitons dans la prière spéciale pour la pluie, récitée lorsque nous commençons à demander la pluie à Shemini Atzeret (connue sous le nom de Tefillat GeshemDans cette prière, nous demandons à Dieu de nous accorder la pluie en reconnaissance des bonnes actions de nos ancêtres. L'auteur de cette prière relate l'histoire de Jacob déplaçant la pierre du puits. Si l'action de Jacob n'était qu'un simple reflet de sa force physique, pourquoi constituerait-elle une source de mérite pour ses descendants ? La réponse se trouve dans les mots mêmes de la prière : “ Il concentra son cœur et roula la pierre. ” Cela nous enseigne que ce n'est pas la force physique de Jacob qui lui a permis de déplacer la pierre, mais bien la concentration de son cœur. Autrement dit, c'est sa motivation à déplacer la pierre, animée par le seul désir d'accomplir un acte de bonté envers Rachel, qui lui a permis d'y parvenir. C'est ce dévouement à la bonté qui constitue une grande source de mérite pour les descendants de Jacob.

Ceci démontre que lorsqu'une personne est animée par un but, elle peut accomplir ce qui dépasse normalement ses capacités. Les bergers étaient incapables de déplacer le rocher car cela n'avait pas d'importance à leurs yeux. Jacob, en revanche, désirait tellement aider Rachel qu'il a puisé dans ses ressources intérieures pour déplacer le rocher. Ceci nous permet également de résoudre la contradiction entre ce récit de la force de Jacob et le récit talmudique de Reish Lakish, qui affirme que l'étude de la Torah affaiblit une personne : dans les domaines importants pour le savant de la Torah, il peut déployer une grande force. De nombreux exemples témoignent de grands savants de la Torah, physiquement très fragiles, capables de déployer une force apparemment surhumaine pour étudier la Torah avec une grande intensité pendant de longues périodes. Cependant, dans les domaines qui ne sont pas importants pour eux, ils sont incapables de déployer autant de force, tout simplement parce qu'ils n'y sont pas motivés. Par conséquent, lorsque le Talmud dit que porter le joug de la Torah affaiblit une personne, cela signifie que ses priorités changent, de sorte que dans les domaines non liés à la spiritualité, elle n'est pas motivée à faire des efforts. Pourtant, dans le domaine spirituel, il pouvait faire preuve d'une force incroyable. De même, Jacob déployait une énergie considérable dans les domaines qui lui étaient chers, comme l'étude de la Torah et les actes de bonté. C'est ainsi qu'il a su trouver une force immense pour aider Rachel.

Ce principe est d'une grande pertinence pour nos vies : la clé du succès, dans tous les domaines, réside dans la motivation. Ceux qui sont animés par le désir de gagner beaucoup d'argent peuvent consacrer un temps et une énergie considérables à la réalisation de leurs objectifs. De même, sur le plan spirituel, ceux qui aspirent à devenir des érudits de la Torah puisent une force immense pour étudier cette dernière. L'enseignement consiste à développer les motivations justes en apprenant les valeurs de la Torah, en intériorisant ces enseignements par un travail sur soi et par des actions concrètes.

Puissions-nous mériter d'imiter notre patriarche, véritable source de force de Yaakov.

Les idées contenues dans ceci Dvar Torah sont largement basés sur Darchei Mussar, Vayetsei, p.65 et Sichos Mussar, p.248.

Par le rabbin Yehonasan Gefen

Notes

  1. Bava Metsia, 84.

PORTION HEBDOMADAIRE DE LA TORAH,

La lumière qui guide
par Rabbin Yehonasan Gefen

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